Bienvenue !
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Les voyages de ceux qui vont ailleurs
Et les pensées vagabondes en tout genre
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Bon vent,
Julie
Réveillée par les rayons d'un soleil timide ; la ville dort encore.
Nuages gris, gouttes éparses. Je lève le camp en une minute ; c'est l'avantage de voyager simplement. Bruine. J'attends l'arrivée du bus, à bord duquel je poursuis ma nuit. Entre deux sommes, j'observe les reliefs abrupts. C'est donc ça, la Gaspésie : éboulis anthracites et versants forestiers enneigés. Gaspé. Le ciel ne s'est pas dégagé. Je sors de la ville à pied, retrouvant un temps le plaisir de la marche. Un pas après l'autre, ne penser à rien. Ou se perdre dans les songes... Tendant le pouce, je ne tarde pas à être embarquée. Mon second chauffeur me déposera juste devant la porte de l'auberge ! Alexa me reçoit d'un accueil chaleureux (pléonasme au Québec). Il pleut, et je suis pour le moins fatiguée de ces trois jours sur la route. Je prend le temps de m'installer, et fais la connaissance des trois bénévoles, Ellen, Nicolas et Bérengère, avec qui je passerai la soirée.
Cette journée marque la fin de notre périple sur la Côte Nord. Sylvain se dirige vers Montréal où il doit rejoindre sa famille, et je m'apprête à retraverser le fleuve pour une dizaine de jours en Gaspésie. Nous saluons Brigitte et quittons l'auberge sans avoir déjeuné. Nous marchons d'un bon pas, pour ne pas louper l'unique bus de la journée. Je pourrais m'endormir sans peine, mais je lutte. Je ne veux pas. Je veux partager ces derniers kilomètres sur la 138 avec Sylvain. Il fait de même. Nous ne parlons pas beaucoup, de temps à autre nous désignons un point dans le paysage. C'est notre façon de vivre ensemble ce moment. Le bus fait une pause à Rivière-Pentecôte. Plage de sable, neige, épinettes.
Dire au revoir à Sylvain. Qui sait où et quand nous nous reverrons ? Voyager ensemble a été un réel plaisir. L'après-midi à Godbout ressemble étrangement à celui passé ici il y a dix jours.
Attente. Retour au statut du voyageur solitaire. Écriture, lecture, sieste au soleil. 17 heures, le traversier quitte le port. Je quitte la Côte Nord. Où je reviendrai, il le faut. Je reste ébahie par la beauté de ses paysages.
Peu avant de débarquer, me reste la question du transport jusqu'au dépanneur d'où part le bus. Je n'ai pas l'intention de dormir à Matane, et le jour où je ferai sept kilomètres à pied en moins de vingt minutes n'est pas arrivé. Je demande autour de moi, et me retrouver rapidement avec trois propositions. J'opte pour la personne dont la voiture sera la première à sortir du bateau. Changement de transport maîtrisé en métronome : j'arrive au dépanneur deux minutes à peine avant le départ du bus ! La route oscille entre les bords du fleuve et les premiers reliefs des Appalaches. Cap-Chat : baie tranquille au crépuscule, les lumières des habitations se reflétant dans l'eau des flaques laissées par la marée. J'arrive en soirée à Sainte-Anne-des-Monts. Prenant le chemin de l'auberge de jeunesse, je me dirige vers le fleuve... et décide de m'installer sur ses bords pour une nuit à la belle étoile. Folie que de dormir dehors au Québec début mai ! Mais emmitouflée dans mon duvet, j'observe la Petite Ourse et ses voisines qui scintillent au-dessus de ma tête, et n'échangerait ma place pour rien au monde.
Sympathique échange avec Françoise, tenancière du gîte et originaire de Havre St-Pierre, qui nous raconte que l'été depuis son balcon, elle peut observer les baleines sauter dans la baie. Elle nous parle de ses sorties sur les îles avec le bateau de son père, lorsqu'elle était enfant. Prochain voyage... Yves, son conjoint, nous dépose à la sortie de la ville pour une nouvelle tentative de stop ratée. Nous voulions aller à Natashquan, là où la route s'arrête, mais les rares voitures qui passent ne vont pas plus loin que la zone de villégiature. Le bout du monde ne sera pas nôtre. Pas cette fois-ci.
Raison de plus pour revenir dans cette région dont l'immensité et la beauté sauvage nous fascinent. En fin de matinée, nous regagnons la plage, où nous passerons le reste de la journée.
Rêves de raid en kayak dans l'archipel... Plouf ! Le bruit d'un caillou tombé du ciel me sort de mes songes : un petit rapace noir et blanc ressort de l'eau, un poisson plat entre les serres. Balbuzard. Nous le reverrons deux ou trois fois.
Retour au gîte en longeant la plage. Tout est si paisible...
Grisaille. Balade dans les ruelles, puis sur le port. Odeurs de poisson fumé. Dans la baie, un bateau pêche.
Le soleil revient peu à peu. Nous passons sans y prêter attention devant la maison de Luc. Il nous hèle et nous invite à entrer quelques minutes. Début d'après-midi sur la plage. Les jours se suivent et se ressemblent délicieusement. Yves et Françoise nous prêtent leurs vélos, nous partons pour une belle promenade jusqu'au belvédère où nous étions avec Luc. À vélo sur la Route 138 ! Forêt, tourbière. Aulnes et épinettes. Puis la mer, avec cet air du large si discret à Rimouski. Bretons heureux face au Golfe du Saint-Laurent. Ce soir, c'est resto. Chez Julie, nous nous offrons un véritable festin.
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